La répétition des signifiants

JEAN-LUC DECONINCK  www.jldeconinck.be

En guise d’introduction.

Ce qui m’a poussé à interroger la répétition, c’était une question que je me posais : dans la répétition, est-ce toujours la même chose qui revient? Prenons quelques exemples :

  1. Une promenade:

Promenant ma fille, alors petite, en poussette, elle fre­donnait un vocable : « papy », désignant habituellement son grand-père, lorsqu’elle se mit à désigner ses pieds couverts du terme « pas pi » pour signifier qu’on ne les voyait plus et plus loin prononça « papi » en découvrant un papier. Voilà ce qui était bien un signifiant à tout faire, c’est-à-dire renvoyant à plusieurs signifiés; ce n’était pas toujours la même chose qui était en jeu pour un même vocable. A côté de ce signifiant toujours le même, qui revient, il y avait eu ma parole qui avait fait préciser, par rapport au réel tout simple, le lieu, ici : « où est-il ton papy? ». Les mots introduisant un trou dans le réel et permettant alors que les choses devien­nent interchangeables (1).C’est l’ouverture d’un point métonymique. Alors « papa », par exemple, pourra tout aussi bien désigner également le pull de papa.

  1. Dans la mise en scène théâtrale et dans le rêve.

Là un même personnage peut être joué par différents acteurs qui déploieront leur jeu à partir de points méto­nymiques différents pour chacun. Chaque acteur don­nant de son rôle plusieurs répétitions à chaque fois un peu différentes par ses lapsi, les trouvailles de mise en scène et d’intonation. Comme dans un numéro hystéri­que, ce sont toujours d’autres signifiants ou toujours au moins un nouveau signifiant qui apparaissent, mais c’est le même numéro qui se joue : c’est-à-dire le fan­tasme, qui n’est donc pas équivalent à la répétition, qui elle, joue avec un temps d’apparition. La répétition de la demande est également au centre de ces mises en scènes.

            3. La répétition de cauchemars.                      

Elle laisse entendre qu’un réel revient toujours à 1a même place. Entre alors en jeu la notion de pulsion, pulsion contre laquelle se défend le sujet. La répétition s’oppose au concept de transfert qui est, lui, mise en acte, ce qui n’est pas que répétition. On a déjà une idée de cette mise en acte dans la répétition de rêves de pro­jets toujours identiques qui finissent par tendre à une réalisation. Quant à la répétition des signifiants qui se fait dans le transfert, elle mène à l’analyse du fantasme. C’est la répétition qui y est signifiante, même si des signifiants différents y apparaissent, il s’agit de répéti­tion de répétition.

Face à la répétition donc : il s’agit que le sujet en parle, un peu plus, qu’il s’interroge sur la répétition elle­-même et sur ce qu’il en dit. « C’est ce que je vous dis que j’ai des problèmes d’argent » me répétait une jeune adulte. « Qu’est-ce que vous dites? » lui demandai-je.

 « Pourquoi je ne peux pas le gérer moi-même? » s’inter­rogea-t-elle alors, cherchant un pan de sa vérité. Mais l’association libre seule met déjà le discours en doute, la parole se révélant alors (2).

La répétition de souvenirs, de formations inconscien­tes, auxquels il nous arrive de ne rien comprendre, nous laissant la place d’interroger ce qu’ils sont, sera à distin­guer ici de la répétition silencieuse, de la réaction théra­peutique négative. Quoiqu’une crise peut, elle, être libératrice de phénomènes inconscients, la souffrance revivant au moindre rappel de l’inconscient, comme dans des cas d’hystérie de Freud et leurs déchaînements moteurs. C’est là où le travail d’oubli a à se faire, l’inconscient étant soumis alors au préconscient. « Wo es War soll ich werden. »

Ces exemples de répétitions m’ont fait m’interroger sur l’origine du mot même. Et il s’avère notamment que l’étymologie du mot répétition, « en droit », est : récla­mer ce qu’on prétend avoir été pris « sans droit », et laisse donc entendre que la répétition d’une expérience, d’un acte, de mots, d’idées sont des recherches de retrouver un refoulé. Ceci m’amène à relater la séquence suivante.      .

Un moment de cure.

Il s’agit d’un de ces garçons dits caractériels, les caractères pouvant être dans ce cas-ci les signes de l’écriture, les marques. Pour ma part, je proposerais une définition : seraient caractériels ceux pour qui un secret concernant la sexualité ravive continuellement la question oedipienne dont les retombées de caractères apparaissent être de l’ordre de l’hystérie.

Ce garçon de dix ans amenait à chaque séance de nou­velles répétitions sous forme d’énigme : « Je t’amène quelque chose de neuf chaque jour », et de répéter au fil d’une séance : « La folle qu’elle cale; Wolfgang; phsy­cholhomine » : des mots décomposés, recomposés avec d’autres. De questionner ces séquences n’engendrait que leur répétition et j’aurais pu ne faire que cela, tant les énigmes étaient nombreuses, d’autant plus qu’y apparaissait, poussé à un certain point, le langage d’un enfant qui ne connait pas bien l’écriture ou qui utilise plusieurs langues. Ainsi : « Ma mama, madame », « Bocal huile, oil », (j’écris phonétiquement en transpo­sant en langue écrite) ce dernier vocable se répétant longuement. Puis « N’est-ce pas, on entend papa dans pas », il ne disait pas l’inverse; on voit ici que la répéti­tion est articulée au fantasme en prise directe. Et en­suite : « Hendl, Haydn, Laetit, Leld : Elle?, c’est ma soeur » concluait-il de lui-même.

Dans la répétition ici joue surtout le fait que des mots se répètent : chaque fois, autre chose peut y être entendu, par exemple une idée obsédante qui apparaît derrière le même vocable présenté sous les formes les plus dispara­tes et en utilisant l’imprécision verbale : « Kâfer, se lais­ser faire, le mari de la mère, que faire »: Le désir vient alors, au premier plan : « Wunschensch, la chance », dit-il. La métonymie pouvant également dériver au mieux : « Vinotintop, c’est un crayon pour se maquiller avec ».

« Cadol c’est un cadeau ». Le plus souvent, c’est du côté des signifiants : madame, cadeau et soeur, le signifiant père y étant associé, que déjà s’inscrira une alternance par rapport à son désir, alternance qui le mènera d’abord à un essai de symbolisation : il se baptise et me demande si j’en suis fâché. Ce à quoi je lui réponds qu’il n’y a pas de raison que je le sois mais que, oui, puisqu’il pose la question… Je laisse donc l’équivoque.

Il coupe alors à ses deux bouts un morceau d’une bande de papier qu’il colle ensuite bout à bout sur une deuxième plus petite. Moment de coupure dans le plan et de collage produisant un objet neuf, un espace suivi d’une angoisse qui essaie la sortie d’un passage à l’acte : il parle d’exhiber son sexe. Ce à quoi je lui fais remar­quer que c’est là une méprise et méprise aussi pour son corps.

Un autre type de pliure s’articule alors autour de ce point nommé de méprise : un dessin, qu’il munit d’un rabat, dessin nommé : Jean-François de la Quincaille­rie, qui m’est donné comme cadeau pour la poubelle.

 Il y a certes là dans le prénom, pointe dans le transfert, nomination autour de la « méprise » : interprétation de l’erreur à retrouver. Lacan avait parlé de la méprise dans Le séminaire I à propos du rêve du poète-tailleur, rêve qui se répète et dont il disait : « Ce rêve (…) présentifie (…)la révélation de l’être. » (3)et plus loin à propos de l’association libre : « La révélation de la parole c’est la révélation de l’être ». (4)La répétition est ainsi adressée à la dimension symbolique dans le trans­fert. Et ici, en même temps, quelque chose est donné qui peut tomber et faire place à l’objet petit (a).

Ensuite, dans une autre séance, il poinçonne des ronds rouges qu’il avait cachés dans un tiroir il y a un temps et il me les donne. Ces ronds lui servaient précédemment de repères posés aux quatre coins de la pièce et des meubles. Ils deviennent maintenant des disques in­cluant ce trouage, cette perte après qu’il y ait eu mise en place d’un repère. Puis vient un moment où il pro­duit sa topologie. Je pourrais également dire qu’il pro­duit sa logique des places et des lieux et où, si le trans­fert est alors déjà en soi topologie, il apporte également quelque chose de la topologie qui y est en jeu.

 Mais je ne veux pas faire une nouvelle topologie, c’est avant tout la sienne, celle de schémas, de relations entre lui et les autres, passage vers le moment tournant de sa répé­tition, topologie déjà annoncée auparavant par ses questions logiques auxquelles j’acquiesçais, telles : « Si tu ne me donnes rien (comme je lui avais une fois dit), c’est un art rigoureux dont les protagonistes sayent, tout au long sait ». Ils essayent, ils say, disent, tout au long ils savent déjà inconsciemment. Un Ich se met en place par ses repères de topologie. Par exemple :

père                                    mère

——————½————à½

ß—————½—————-½

——————-½—————-½           –

les relations entre le père et la mère sont dissymétriques et barrées,

écolemaison

ou des schémas de relations entre les lieux, école et maison, séparés mais faisant partie d’un tout.

mèrelui

 Ou encore sa difficulté à quitter sa mère.

                         lui

soeur

père            mère

 Enfin les relations qu’il mène avec les autres : la relation agressive des autres à son égard et les relations oedipiennes

Père                                                    mère

            . .

sœur                                                          lui

 qu’il complète ensuite d’un ensemble entourant père et mère tout en le commentant d’un : « Ils ont aussi à être ensemble ces deux là ».

Suivra un moment où il se dit étonné chaque fois qu’il vient me parler, étonnement qui l’amène à parler en­suite d’amour et à dérouler deux bandes de papier parallèles autour de la pièce, qu’il noue chacune bout à bout, sur elles-mêmes, dans une demi-torsion. La pièce se trouve ainsi entourée de deux bandes de Moebius parallèles. Des dessins de réseaux qui se recoupent, des repérages des places suivront encore. Pendant tout ce temps de symbolisation, les répétitions obsédantes ne se produisent plus.

 Elles réapparaissent et il en parle comme de « trésors » à propos de l’évocation d’un trau­matisme cérébral et du mystère de l’appareillage médi­cal qui l’a accompagné et qu’il nomme : « une machine sous les tempêtes, ça embête ».

Enfin, en un dernier moment de ce long fragment de cure, les répétitions disparaissent presque complète­ment, elles ne réapparaîtront ensuite que comme rap­pel de ces moments de cure. Elles disparaissent au mo­ment où intervient, toujours d’abord comme énigme, un jeu de mots : « B . B . L. Fonds » dit-il, tout en jouant avec un hochet roulant, sur un ton de rire pour la pre­mière fois. Alors ce n’est plus que le ton de ce rire qui subsistera comme répétition à d’autres occasions. Il pourra y faire avec l’humour. Mais dans ce jeu de mots qu’il commente : « bébé, elle, font », pendant qu’il joue avec ce hochet à propos duquel il évoque sa soeur et lui étant bébés, il est chez lui et il y prend plaisir. C’est un rire qui vient de loin et d’il y a longtemps. Puis il écrit : « bébé elle ». Faisant ce jeu de mots, il y a présence du manque, derrière ce qui tient lieu de représentant, dans le transfert.

La répétition des signifiants.

A propos de cette cure, nous reprenons quelques fils de notre lecture du Séminaire II. Dans cette cure, l’incons­cient se manifeste donc dans la vacillation, dans la dis- continuité, par rapport à l’Un qui est le Un de la fente, de l’unbewust.

Comme un cri fait surgir le silence, comme une rupture fait surgir l’absence, un trait l’ou­verture, tout se diffuse autour d’un point central. La relation du sujet au signifiant est, et dans cette cure c’est patent, au niveau du sujet de l’énonciation: un mot, une interjection. Une chose a ainsi pour fonction d’en rayer une autre. Une répétition est ainsi comme une métonymie. Le sujet s’y saisit en un point inattendu à chaque fois. La récupération en est leurrée: l’éva­nouissement se dérobe.

D’autre part, la répétition se passe dans le transfert : dans cette expérience parle la répétition, elle se décou­vre dans les tâtonnements du transfert. Et comme pour un rêve, il y a un abîme entre ce qui est vécu et ce qui est transmis, ce qui se montre sous un déguisement qui tient mal. La répétition n’est donc pas une certitude, parce que ça pense avant d’entrer dans une certitude. La certitude c’est le doute. Simplement, dans la répéti­tion, d’une fois à l’autre, des signes se recoupent.

S’il y a doute, il s’agit bien alors de répétition de la déception : d’une expérience avec un réel manquant, et la question du manque s’y révèle. La fonction de la répétition nécessite ainsi deux termes : le hasard, qui préside aussi à la transcription des rêves, qui est de toute façon une situation limitée de par les signifiants; et l’arbitraire qui préside au rapprochement des termes. Le hasard et l’arbitraire sont introduits par le temps de voir où la batterie signifiante est donnée, le temps de comprendre et de conclure. Comme pour Freud, l’in­conscient « consiste » ou ex-siste finalement à réduire tout ce qui en vient à la fonction de signifiants.

Dans ce cadre, la remémoration, d’une part, qui elle a toujours une limite, et la répétition, d’autre part, ont deux directions différentes : de l’une à l’autre, il n’y a pas d’orientation du temps, ni de commutation possi­ble. De plus ce n’est pas pareil de commencer par la remémoration pour avoir affaire aux résistances de la répétition ou de commencer par la répétition pour arri­ver à une amorce de la remémoration : le temps étant de cette façon lié à la mise en forme signifiante du réel. La répétition est donc bien un répondant de l’incon­scient.

Il est à noter que la répétition est donc à distinguer de l’éveil où un réseau de signifiants, une insistance des signes fait retour, retour qui est commandé par le prin­cipe de plaisir. Cette insistance n’est pas la répétition,

n’est pas la remémoration agie, ni le transfert qui conduit à la répétition, laquelle n’est pas à confondre avec l’ensemble des effets de transfert, lequel est une contrainte qui passe par les processus primaires; cette insistance n’est pas non plus un refoulement, ce dont témoignent plutôt les mots qui manquent, ni enfin une reproduction, espoir de catharsis, de restitution liée au principe de plaisir, dans lequel la répétition n’entre pas.

Ainsi Freud dirait : « Tu es chez toi dans le champ du rêve » et dans la répétition : là où ça était, c’est-à-dire la répétition, le rêve, soll ich werden : c’est alors le lieu des signifiants, le lieu du sujet et du travail d’oubli : 1’in­conscient y est soumis au préconscient (es et ich). Le ich y repère un réseau, des traces de perception pour Freud, traces qui viennent par simultanéité, réseau qui se recoupe toujours de la même façon : comme dans le rêve. Il n’y a pas de hasard. En cela la répétition est à mettre en parallèle avec les cauchemars, les rêves répé­titifs mais avec une place déjà faite pour ce qu’il en est pour le sujet. Lorsqu’il y a répétition, le sujet est appelé dans l’inconscient : ce sujet donne fonction à la remé­moration qui vient de la structure, laquelle oriente la diachronie, qui à son tour introduit la métaphore, cette dernière permettant la constitution du réseau des signi­fiants, dans la simultanéité. C’est la structure même qui permet donc des retours.

Dès lors, la notion d’inconscient c’est le retour, le recoupement. Le retour c’est la fonction de la répéti­tion qui a rapport avec la remémoration, laquelle a comme limite le réel: la pensée évite toujours la même chose, fût-ce pour que cette chose se retrouve en tout par après; cette même chose c’est le réel qui revient toujours à la même place : le sujet cogitant ne le ren­contre pas. La fonction de la répétition c’est donc le rapport de la pensée au réel, réel qui supporte le fan­tasme, lequel protège le réel. Ainsi dans la répétition, rien ne peut être saisi si ce n’est symboliquement : une scansion signifiante s’y justifie par référence au réel et liée à l’imaginaire.

« L’acte? » comme l’écrit Lacan, est à l’horizon des rap­ports de la répétition avec le réel, répétition qui est présentification en acte. L’acte a « une part de structure de concerner un réel qui n’y est pas pris d’évidence ». (5)

Enfin, la répétition c’est « Wiederholen » c’est-à-dire tirer, de façon lassante, son truc, la même carte, de nouveau. Cela a une fonction qui apparaît au niveau de la névrose traumatique : la répétition du trauma dans le rêve, sans plaisir,   vise la liaison de l’énergie.

sous une forme inassimilable, devrait être tamponné par le principe de plaisir; mais une part de réel est prise dans les rêts du principe de plaisir. Par conséquent, la remémoration fera se manifester la résistance du sujet : la répétition en acte. Cette résistance peut être soit liée au Moi et la répétition est alors voilée par l’identifica­tion de la répétition, soit être une résistance dans le dis­cours. Ainsi la fonction du réel est dans la répétition comme au hasard : le rapport du sujet à sa condition rencontre le réel, mais c’est une rencontre manquée, les choses se répètent au moyen de la réalité. Par exemple, la perte de l’objet est commémorée par un acte répété, par un rite; dans le rêve, par un tenant lieu de la repré­sentation. La place du réel se situe ainsi du trauma au fantasme. Le fantasme qui masque quelque chose de premier dans la fonction de la répétition, c’est-à-dire la pulsion, derrière le manque de ce qui tient lieu de représentation et qui n’est que pulsion à venir. Le réel dans la fonction de répétition, c’est le réel de la pulsion qui commande. Ce n’est pas un besoin.
On voit donc que la répétition est déjà de la topologie. En effet, ce qui dans la répétition demande du nouveau, du ludique, ce qui s’y varie est une aliénation de son sens et de la répétition en elle-même : sens qui en est
que la réalisation du signifiant essaie de désigner la pri­mauté de la signifiance.
Nous retrouvons notre point de départ : à partir de « la béance introduire par l’absence » de la mère, se met      « en perspective » la signifiance, le sens à l’absence,      « quelque chose » du sujet se détache et y est retenu… Alors, « l’homme pense avec son objet (…) Le signi­fiant est la première marque du sujet » (1):le sujet est par exemple l’objet bobine. La répétition du départ de la mère est alors surmontée dans le jeu d’alternance des signifiants : visible – invisible. Jeu qui tient lieu de représentant d’une rencontre qui ne se fait pas, qui est malvenue. Ainsi dans le transfert, il y a un abord de la répétition : c’est le retour des signifiants

.

NOTES

 

1′) J. Lacan, Le Séminaire, Livre I, Les écrits techniques de Freud, p. 207.

(2) Ibid., p. 298.

(3) Ibid., p. 297.

(4) Ibid., p. 298.

(5) J. Lacan, Le Séminaire, Livre II, Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, p. 50.

(6)Ibid., p. 60.

Le réel

 

Pas de commentaires

Commentaires sont fermés.