Gérer l’agressivité dans la vie quotidienne par la méthode des quatre R inspirée par la Communication Non Violente

Marshall ROSENBERG, créateur de la Communication Non Violente, a légué à l’humanité un merveilleux outil pour transformer tout sentiment de peur, frustration ou colère en une demande concrète, positive et ouvrant la voie à la recherche d’un terrain d’entente. Mais comment se comporter de manière adéquate face à un message exprimant lui aussi des sentiments et des besoins, mais sur un mode que vous ressentez comme agressif ? Qui n’a pas reçu en efet, à un quelconque moment de la journée mais de préférence quand vous êtes à fleur de peau, vulnérable, fragile, fatigué, un message singlant de votre collègue ou patron, partenaire ou bien adolescent sur le point de partir pour le lycée, ou encore, une voix assourdissante au téléphone, une lettre que vous venez d’ouvrir et qui vous transperce, un courriel voire un tout petit SMS de rien du tout mais contenant juste assez de mots pour vous réduire en miettes… Votre première envie n’est-elle pas de vous emparer de votre interlocuteur, qu’importe qu’il soit colègue ou supérieur hiérarchique, au mépris des conséquences ? ou bien de crier plus fort que votre conjoint ou gamin afin d’essayer de vous faire entendre… vous raccrocheriez volontiers au nez de la personne pendue au bout du fil, vous vous jetteriez bien furieusement sur le clavier de votre mobile ou de votre ordinateur. L’adrénaline qui monte en flèche dans votre organisme joue parfaitement son rôle. Mobilisée par le cerveau reptilien hérité de nos ancêtres chasseurs et en lutte perpétuelle pour survivre, elle déclenche une séquence de réactions totalement inadaptées à la plupart des situations auxquelles nous sommes confrontées dans la vie de tous les jours, dont le but est de mettre à la disposition de vos muscles l’énergie nécessaires à deux actions, au choix : fuir à toutes jambes ou partir en guerre. Seulement voilà, alors que vous êtes comme une fuerie prête à tuer la terre entière, le véritable besoin qui a déchaîné en vous cette puissance de destruction dévastatrice pour vous-même en premier lieu, ne peut être comblé ni par la fuite ni par le combat. Que faire alors? Pour retrouver le bien-être qui vient subitement de vous échapper, voici donc la mise en pratique de la méthode dite des « quatre R » telle qu’elle est enseignée en CNV (Communication Non Violente).

1. R comme Ralentir.

On l’a vu, la précipitation à laquelle vous pousserait votre coeur qui bat la chamade n’est pas le remède approprié à la circonstance. Il est absolument indispensable à votre santé la plus élémentaire que votre rythme cardiaque s’apaise. Asseyez-vous et mettez un frein à l’activité frénétique de votre mental. Pour cela, efforcez-vous d’accepter la situation telle qu’elle se présente, mais en vous plaçant en dehors d’elle afin de mieux la maîtriser. Vous ne vous en croyez pas capable? À un moment où vous vous sentez calme, exercez-vous à ce jeu très simple : créez le silence en vous et autour de vous pendant une minute, puis observez pour en faire le compte, les pensées qui vous passent par la tête. Pouvez-vous faire cela lorsque tout va bien? Si la réponse est oui et il y a fort à parier que tel est le cas, alors vous pouvez aussi en tirer cette conclusion: « Je ne puis être réductible à mes seules pensées, puisqu’il existe en moi un être capable de les regarder passer de l’extérieur et même de les dénombrer. » Ce constat est rassurant puisque, dans la situation qui nous occupe à présent, celle du message désagréable que vous venez de recevoir, vous savez désormais que vous avez le pouvoir de vous réfugier dans cette forteresse inviolable habitée par la personne qui, quand vous alliez bien, a pu compter les pensées qui traversaient votre esprit. N’hésitez donc plus ! À tant faire que de vous être préparé pour la fuite, mieux vaut que ce soit celle-là !

2. R comme Respirer.

L’oxygénation est le facteur clé dont votre cerveau a un besoin impérieux pour redevenir capable d’aligner des idées cohérentes. Progressivement, vous sentez que votre rythme cardiaque ralentit, que vos mains tremblent moins. Respirez à pleins poumons, lentement. À cet égard, vous aimerez lire aussi: Respirer en conscience : dynamisez-vous, relaxez-vous !

3. R comme Reformuler.

Dans la tourmente, l’énervement même, le message transmis par votre interlocuteur vous apparaît brouillé même si vous n’en avez pas conscience. Comme vous l’avez pris pour vous, les deux positionnements réactionnels auxquels vous êtes naturellement porté sont, ou bien la colère qui vous incite à le renvoyer à son expéditeur avec une violence décuplée, ou bien la culpabilité et l’auto-dévaluation qui vous amène à vous adresser à vous-même un message tout aussi violent tel que: « je ne vaux rien, je suis nul »… La partie de vous-même qui engendre ces deux attitudes aussi contre-productives l’une que l’autre a au moins le mérite de vous renseigner sur vos besoins émotionnels de l’instant présent. Marshall ROSENBERG l’asocie à l’image du chacal. Traitez donc avec bienveillance votre « chacal » en acceftant de l’entendre. Reconnaître devant soi-même: « oui, je suis triste », « oui, je suis en colère »… c’est déjà enclancher le processus qui mènera à la régénération. Dès lors, vous allez percevoir qu’il vous faut dépasser ces réactions qui aboutissent toutes deux à humilier quelqu’un: votre collègue, patron, conjoint ou progéniture… ou bien vous-même! À ces fausses solutions, privilégiez une tentative de reformulation. Au travers du message exprimé en langage « chacal », qu’a voulu exactement vous transmettre cette personne ? Quels sentiments, quels besoins, quelle tentative tragique de requête se cachent derrière son ton ou ses paroles qui vous agressent ? Dans la continuité logique du ralentissement et de la respiration, prenez votre temps. On vous hurle dans les oreilles une cascade de mots débités sans une seconde de répit ? Parlez plus lentement que de coutume, presque à voix basse. C’est le plus sûr moyen de faire baisser de plusieurs crans le ton de votre interlocuteur. Dites par exemples des mots tels que: « bon, on reprend tout. Si je vous comprends bien, vous êtes en train de me dire que… » Choisissez à ce moment-là la formule qui vous semble la mieux adaptée pour résumer la compréhension que vous avez du message reçu, en tâchant d’éliminer de votre formulation tout propos qui pourrait être ressenti par l’autre comme un jugement. Puis terminez par: « Est-ce bien cela? » « Est-ce que je me trompe ? »

4. R comme Répondre.

Dès lors, vous avez bien compris que « répondre », ce n’est pas « riposter », mais avant tout, exprimer ce qui correspond le plus exactement possible à votre intention envers l’autre, à ce qui est vivant en vous, dans l’instant. Choisissez les mots convenables que votre « adversaire » puisse entendre. Rappelez-vous toujours que si certes votre objectif est de vous mettre en connexion avec l’autre personne, votre limite se situe là où vous en êtes du cheminement, ici et maintenant. En assumant votre responsabilité face à vos émotions (sachant que ce qui vous met mal à l’aise sera sans effet aucun sur une autre personne), vous laissez également à votre interlocuteur la responsabilité qui lui revient face à son problème du moment, qui lui appartient. Ouf, ça va mieux, vous avez déjà renoué avec une certaine sérénité. Enfin vous y êtes, vous pouvez maintenant exprimer votre point de vue. Soyez honnête dans vos paroles. Le moins bien qui puisse vous arriver est de finir au moins cette conversation en paix avec vous-même. Au mieux, vous aurez eu la satisfaction en fin de compte, si tout se passe bien, d’être entré en lien avec votre… collègue, patron, conjoint ou gamin, et d’avoir fait ensemble quelques pas sur la voie menant vers une solution vertueuse qui n’humilie personne. Merci à Marshall ROSENBERG !

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